Que reste-t-il de la capacité d’une organisation à décider quand ses processus les plus critiques reposent sur des technologies qu’elle ne maîtrise pas, ou peu ? À l’heure où l’IA entre au cœur des organisations, la question devient urgente.
Dans cet épisode, je reçois Dominique Luzeaux, en charge de la transformation numérique de l’OTAN après avoir été responsable numérique de plusieurs armées, directions et services au sein du ministère des Armées. Et Maxime Vertuaux, associé Sécurité et défense chez Eurogroup Consulting.
On revient sur ce que Dominique appelle l’autonomie stratégique : la capacité à percevoir sa situation, à décider et à agir. À l’OTAN, 32 nations, c’est 32 législations et 32 conceptions de la souveraineté. Mais un point commun s’impose : être souverain ne veut pas dire tout produire soi-même, c’est savoir de qui l’on dépend, pour quelles fonctions, avec quelles conséquences.
On parle de réversibilité et de ce qu’elle exige au-delà de la technologie : des compétences. Quand la majorité de vos techniciens maîtrisent une seule technologie, vous n’en changez pas du jour au lendemain. Dominique l’a vécu avec VMware et beaucoup d’organisations se sont retrouvées bloquées quand Broadcom, après son rachat, a fait exploser les tarifs.
On aborde aussi les arbitrages concrets entre performance, coût et autonomie. Maxime explique pourquoi recourir à une IA étrangère peut être un choix pertinent, et pourquoi un service critique peut justifier un surcoût pour garder la main. Il rappelle aussi que seule la pointe de la pyramide des données, les savoirs propres à l’entreprise, exige une protection maximale. Dominique met en garde contre une illusion : l’open source n’est pas l’indépendance quand on n’a ni les compétences ni la gouvernance pour le maintenir.
On termine sur l’Europe dont le retard n’est pas une fatalité mais la réponse suppose une volonté politique qui dure, un investissement public capable d’entraîner le privé, et de viser la décennie.









